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La Kératomileusis:
Aux origines de la chirurgie réfractive moderne
Avant les lasers de pointe, et les techniques modernes comme le LASIK par exemple, la chirurgie réfractive reposait sur des méthodes bien plus artisanales, mais déjà remarquablement innovantes.
Parmi elles, une étape clé a profondément marqué l’histoire : La Kératomileusis.
Une idée simple : sculpter la cornée
Le terme kératomileusis vient du grec et signifie littéralement « sculpture de la cornée ». L’objectif est clair : modifier la puissance optique de l’œil en remodelant la forme de la cornée, principale surface réfractive.
Aujourd’hui, ce principe est au cœur des techniques modernes, mais dans les années 1960, il relevait encore de l’expérimentation chirurgicale.
Les débuts à Bogotá : une révolution signée Barraquer
C’est dans les années 60, à Bogotá, que le professeur José Ignacio Barraquer pose les bases de la première technique réellement reproductible de chirurgie réfractive. Il est d’ailleurs considéré comme le « père » de cette discipline.
Son approche repose sur une idée audacieuse : travailler directement sur le tissu cornéen pour en modifier la courbure.
Une technique en plusieurs étapes
La procédure de kératomileusis originale était complexe et se déroulait en plusieurs temps :
1. La découpe de la cornée
À l’aide d’un microkératome mécanique, instrument conçu par Barraquer lui-même, le chirurgien prélevait une fine lamelle de cornée.
Cette lamelle mesurait environ :
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300 à 350 microns d’épaisseur
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Pour 8 mm de diamètre
Cette étape permettait de séparer la partie antérieure du stroma du reste de la cornée.
2. Une sculpture… hors de l’œil
Contrairement aux techniques actuelles, la correction n’était pas réalisée directement sur l’œil.
La lamelle cornéenne était retirée puis travaillée à l’extérieur.
Problème : le tissu cornéen est naturellement souple et gélatineux, ce qui rend toute découpe précise extrêmement difficile.
3. La congélation pour rigidifier
Pour contourner cette difficulté, la lamelle était cryoconservée afin de la rigidifier.
Une fois durcie, elle pouvait être sculptée avec précision grâce à un dispositif appelé cryotour, comparable à un tour de potier miniature. Le chirurgien façonnait alors la face stromale selon les paramètres optiques souhaités, un peu comme on taillerait une lentille.
4. Réimplantation
Après modification, la lamelle était replacée sur la cornée puis suturée.
Des variantes plus tardives
Avec le temps, certaines évolutions de la technique ont tenté de simplifier le processus :
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Abandon de la congélation
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Utilisation de moules pour stabiliser la lamelle
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Sculpture manuelle ou mécanique directement sur le tissu
Ces adaptations visaient à améliorer la précision et à réduire les contraintes techniques.
Des limites importantes
Malgré son ingéniosité, la kératomileusis présentait de nombreuses difficultés :
Pendant l'opération
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Altération de la régularité optique lors des manipulations
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Déformations du tissu
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Impact de la congélation sur la structure cornéenne
Après l'opération
Certaines complications rappellent celles du LASIK moderne :
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Déplacement ou micro-plis du disque cornéen
- Prolifération épithéliale à l’interface
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Astigmatismes résiduels
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Imprécision de la correction
À l’époque, aucune retouche n’était encore possible, ce qui limitait fortement les résultats.
Une technique aujourd’hui disparue… mais fondamentale
La kératomileusis n’est plus utilisée aujourd’hui. Elle a été supplantée par des techniques plus précises, notamment grâce à l’arrivée du laser excimer dans les années 1980, qui a révolutionné la chirurgie réfractive.
Mais son importance historique est majeure :
Elle a permis, dès les années 1960, de corriger des myopies sévères chez des milliers de patients, avec un niveau de précision déjà remarquable pour l’époque.
Héritage : la naissance du LASIK
Toutes les techniques modernes, et en particulier le LASIK, reposent sur ce même principe fondamental : remodeler le stroma cornéen pour corriger la vision.
La kératomileusis constitue donc la pierre fondatrice de la chirurgie réfractive moderne.

